Bright Star - Tragédie céleste

Bright Star
Réalisé par Jane Campion, mettant en vedette Abbie Cornish et Ben Wishaw
Critique de
Valérie Ouellet

brightstar
Étendue sur son lit, une lady victorienne rédige une lettre brûlante à son amant. Sur sa poitrine flottent puis se posent des dizaines de papillons vivants, bleus et pourpres. Ce tableau champêtre composé par Jane Campion dépeint l’amour fatal qui unissait la jeune bourgeoise Fanny Brawne au poète romantique John Keats.

Dans son dernier opus, la réalisatrice australienne Jane Campion, première et seule femme à avoir remporté la Palme d’Or du Festival de Cannes pour sa poignante Leçon de Piano, semble délaisser les personnages féminins qu’elle affectionne depuis le début de sa carrière pour se pencher sur le destin tragique d’un homme, John Keats (Ben Wishaw), poète romantique du 19ème siècle au destin tragique. En vérité, il n’en est rien. À travers le regard de la frivole bourgeoise Fanny Browne (Abbie Cornish), qui s’est entichée de Keats, jeune poète sans-le-sou, la cinéaste dépeint un premier amour dans les règles de l’art: tragique et destructeur.

Autour des tourtereaux se tisse une toile tendue par les appréhensions de leurs proches respectifs et les bonnes mœurs de la société anglaise de l’époque. Le manoir de campagne abritant le poète et la famille Browne devient vite une prison suffocante. La relation amoureuse ambiguë du duo, inséparable sans pouvoir s’unir réellement, est dépeinte avec justesse par Campion. «Brillante étoile, que n’ai-je ta constance?», lui susurre à l’oreille le frêle artiste, alors que les deux amants partagent des moments furtifs sous un paysage bucolique.

En signant elle-même le scénario de cette adaptation cinématographique inspirée des correspondances de Keats, Jane Campion a su insuffler tout au long du récit la puissance des vers du poète. Le mélange parfait, organique, de ce langage en prose poétique n’a d’égal que la beauté des images, véritables tableaux champêtres passant d’un bleu vibrant au pourpre au rythme des ébats du couple. Le rythme lent s’écoule avec retenue, à la même cadence que les vers de Keats envers sa douce. On retient particulièrement le dénouement dramatique du film, sobre mais poignant, ainsi que le visage lumineux d’Edie Martin, sœur cadette de l’héroïne et chaperonne innattendue des rendez-vous galants du couple. En fait, Bright Star est une variation sur un thème de prédilection de l’artiste: l’étrangeté du romantisme. Une histoire d’amour au rythme lent, voire prudent, qui se dévoile et s’apprécie, comme un premier amour, avec palpitations et précaution.

Si Bright Star vous laisse la tête dans les étoiles, profitez de la Rétrospective Jane Campion offerte par la Cinémathèque québécoise pour vous familiariser avec l’œuvre de la singulière réalisatrice. Du 8 au 17 octobre prochain, revoyez au grand écran, entre autres, La Leçon de Piano (presque introuvable en format DVD) et Sweetie, Portrait of a Lady et In the Cut.

Bright Star, de Jane Campion, présentement à l’affiche à Montréal.