Pirate Radio - Vivre dans le passé

Pirate Radio
Réalisé par Richard Curtis
Critique de Nicolas Krief

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« Ça mon fils, ça c’est de la musique » - Papa, en écoutant Abbey Road

Richard Curtis, homme fascinant du cinéma britannique, nous a offert à titre de producteur-scénariste-réalisateur quelques-unes des meilleures comédies romantiques de notre temps. Bridget Jones, About a Boy, Love Actually et surtout Notting Hill sont des produits d’une grande qualité venant de l’esprit d’un homme qui semble franchement sympathique.

Sympathique, c’est bien le principal atout du cinéma de Curtis. Pour son second film à titre de réalisateur et scénariste, après Love Actually, le bonhomme nous arrive avec un film sur le «bon vieux temps». The Boat that Rocked, ou Pirate Radio pour les Nord-Américains, raconte la gentille histoire d’une bande de loufoques DJs qui diffusent de la musique pop, de la très bonne musique pop, sur un bateau au milieu de la mer du Nord. Le gouvernement britannique, une bande de vieux moustachus déprimants et n’aimant que la musique classique menés par le superbe Kenneth Branagh, tenteront en vain de détruire cette radio pirate qui prône ces «bons vieux» sexe, drogue et rock’n’roll.

La force de Curtis réside dans la construction de personnages purement fonctionnels, mais hautement délicieux. Love Actually collait parfaitement avec cette idée que chaque personnage est singulièrement adorable, mais n’a que quelques traits de caractère. Ce qui n’est pas grave puisque c’est un film choral et qu’on n’a pas le temps de s’attarder aux traits psychologiques des protagonistes. The Boat that Rocked ne profite pas de cet atout, puisqu’il n’est que l’esquisse d’un film choral. Il y a, oui, plein de personnages, mais qui sont tous pris ensemble dans un petit espace et qui ne remplissent qu’une seule fonction chacun : le séducteur obèse, le séducteur mince, le chef, le jeune, le hippie, le gros, le séducteur américain, le noir, le gars des nouvelles, le timide, la lesbienne, le méchant conservateur (le seul qui n’est pas sur le bateau), etc. Est-ce grave? Pas vraiment. Mais ce film n’est en fin de compte que le survol d’une très bonne idée.

Une excellente idée même, puisque cette radio qui défie les lois, ces DJs qui n’en ont rien à faire de ces méchants politiciens de droite qui n’aiment que la si ennuyante musique classique, ont un pouvoir extraordinaire, mais dont ils ne se servent pas. Cette critique peut avoir l’air d’un caprice de cinéphile blasé, mais votre animateur favori trouve qu’il s’agit d’une idée gaspillée, car le trop gentil Richard Curtis ne nous offre qu’une ode à ces bonnes vieilles années où ne pouvaient ne vivre que d’amour et de musique pop (de l’excellente musique pop, je répète); cette ode est tellement sympathique qu’elle en oublie d’être véritablement intéressante. Ce film aurait pu être hautement subversif, telle une vraie bonne comédie britannique, mais la gentillesse de Curtis l’empêche d’être captivant. Ses personnages n’ont pas de vrais problèmes de rebelles, ils ont des problèmes de séducteur (virginité, mariage, etc.) des problèmes d’ego (entre deux animateurs vedettes) et de matelot (un bateau qui coule). La menace extérieure n’est jamais pesante ni dangereuse, elle n’a qu’une fonction d’antagoniste humoristique.

Pirate Radio est par contre fichtrement sympathique. Curtis met en scène avec assez d’intelligence pour offrir quelques scènes de grande comédie, et surtout de délicieux dialogues livrés par des interprètes de grand talent. Au sommet de cette distribution cinq étoiles, Nick Frost en séducteur vaut considérablement le détour. Des habitués des films de Curtis, Bill Nighy, Rhys Ifans et Emma Thompson lui donnent la réplique avec vigueur, bien qu’ils n’incarnent que des êtres unidimensionnels. Mais le principal personnage du film est bien évidemment la musique pop : Bowie, The Beach Boys, The Who, Jimi Hendrix, The Kinks, Cat Stevens et des dizaines d’autres nous montrent à quel point Curtis est nostalgique. Car oui, notre ami vit dans le passé et se réconforte de voir que des milliers de baby-boomers à avoir connu cette fabuleuse époque ne jurent que par ces vieux groupes et renient en quelque sorte le fait que la musique a évolué depuis 40 ans. Elle était excellente cette musique, elle l’est toujours, mais le rock n’est pas mort, et il évolue encore.